Ces voitures improbables que personne n’attendait : Lamborghini, Aixam et Daewoo ont osé l’impensable
L’histoire de l’automobile regorge de surprises. Même les marques les plus prudentes ont parfois tenté des projets à contre-courant de leur image habituelle. Ces initiatives ont donné naissance à des modèles insolites, audacieux et souvent méconnus. Trois exemples emblématiques illustrent cette audace avec une supercar improbable venue de Savoie, un tout-terrain militaire transformé en jouet de luxe et une berline coréenne qui rêvait de rivaliser avec Mercedes.
Mega Track quand le roi de la voiturette joue les gros bras
Aixam est un nom bien connu en France, principalement pour ses petites voitures sans permis qui permettent de rouler dès 14 ans. Pourtant, au début des années 1990, la marque savoyarde a décidé de sortir de sa zone de confort avec sa filiale Mega. Après avoir lancé quelques modèles dérivés de la Citroën AX, Mega frappe un grand coup avec la Track, une supercar radicalement opposée à l’univers des voiturettes.
La Mega Track, c’est presque une aberration technique tant le projet paraît irréaliste. Longue de cinq mètres, large de 2,20 m, équipée d’un V12 Mercedes de près de 400 chevaux, elle se distingue surtout par sa vocation inattendue de franchisseuse de luxe. Avec une suspension pilotée permettant une garde au sol de 34 cm, cette supercar était pensée pour braver les chemins escarpés aussi bien que pour filer sur l’autoroute.
Sur le papier, le concept avait de quoi séduire, d’autant que son moteur était le même que celui qui équipait des Pagani Zonda. Mais dans la réalité, la Track n’a pas rencontré son public. Trop artisanale, trop coûteuse, pas assez crédible, elle a souffert d’un cruel manque d’image de marque. Résultat, seules une poignée d’exemplaires ont vu le jour, entre cinq et six selon les sources, transformant cette supercar improbable en véritable licorne automobile.

LM002 quand Lamborghini se prend pour un fournisseur militaire
Dans les années 1980, Lamborghini cherche à diversifier ses activités et tente sa chance sur un terrain inattendu, celui de l’armée américaine. La marque au taureau développe le Cheetah, puis le LM001, deux prototypes destinés à répondre à un appel d’offres pour un tout-terrain militaire. L’armée finira par préférer le Humvee, devenu par la suite le Hummer H1, mais Lamborghini ne renonce pas pour autant.
De ce projet naît le LM002, un engin qui combine un châssis de franchisseur extrême avec le raffinement d’un habitacle de luxe. Clé de voûte du projet, le moteur est tout simplement celui de la Countach, le mythique V12 maison. Avec près de 450 chevaux, ce colosse de plus de deux tonnes abat le 0 à 100 km/h en moins de huit secondes et dépasse les 200 km/h, tout en étant capable d’évoluer dans le sable ou la rocaille avec une facilité déconcertante.
Bien entendu, le revers de la médaille se trouve dans la consommation. Son réservoir de 297 litres se vide à une vitesse affolante, surtout quand l’engin est exploité à plein régime. Lamborghini savait pertinemment que ce modèle ne séduirait pas les familles italiennes, mais il trouvait sa clientèle au Moyen-Orient, auprès d’émirs et de stars excentriques. Vendu au prix d’une Countach, le LM002 n’a séduit que 301 acheteurs, mais il reste aujourd’hui un symbole absolu de démesure et d’audace.
Daewoo Evanda quand la Corée veut jouer dans la cour des grandes berlines

Face aux extravagances des deux premiers exemples, l’histoire de la Daewoo Evanda paraît beaucoup plus sage, mais elle illustre tout autant un changement de cap inattendu. Daewoo, connu pour ses modèles économiques comme la petite Matiz, décide au début des années 2000 de se lancer dans le segment des grandes berlines, domaine réservé aux constructeurs allemands.
Lancée en 2002, l’Evanda mesure 4,77 m et se positionne entre une Mercedes Classe C et une Classe E, mais avec un prix bien inférieur. Son dessin, signé Italdesign, joue la carte de la discrétion, tandis que l’habitacle se veut haut de gamme avec cuir, bois et nombreux équipements. Sur le papier, l’Evanda avait tout pour séduire des clients à la recherche d’une berline statutaire sans se ruiner.
Le problème résidait ailleurs. D’une part, Daewoo souffrait d’un déficit d’image face aux références allemandes. D’autre part, l’absence de motorisation diesel, incontournable à l’époque en Europe, plombait ses ventes. Malgré son restylage et son passage sous le badge Chevrolet dès 2004, l’Evanda n’a jamais trouvé son public et a disparu dans l’indifférence générale. Aujourd’hui, croiser un exemplaire sur la route relève presque du miracle, tant cette berline est tombée dans l’oubli.
Trois expériences automobiles qui illustrent des chemins osés et parfois suicidaires. La Mega Track, le LM002 et la Daewoo Evanda montrent que l’automobile ne se résume pas toujours à des stratégies rationnelles. Ces modèles rappellent que certaines marques, même éloignées de leur univers habituel, ont parfois eu l’audace de se lancer dans l’inattendu, quitte à échouer, mais en laissant derrière elles des véhicules qui intriguent encore des décennies plus tard.
