Stellantis dans la tourmente : pertes record de 2,3 milliards d’euros et avenir incertain
Le groupe Stellantis, né de la fusion entre PSA et FCA, traverse une période des plus délicates. Les résultats financiers du premier semestre 2025 s’annoncent catastrophiques, avec une perte estimée à 2,3 milliards d’euros. Alors que le groupe espérait rebondir après une année 2024 en demi-teinte, les perspectives s’assombrissent davantage. Cette situation reflète non seulement les difficultés propres à Stellantis, mais aussi les tensions structurelles qui affectent l’ensemble de l’industrie automobile dans un contexte mondial instable.
Une perte historique qui secoue le groupe
Le 21 juillet, Stellantis a publié un document qui fait l’effet d’un coup de massue. Le constructeur prévoit une perte nette de 2,3 milliards d’euros pour les six premiers mois de l’année. Un chiffre d’autant plus marquant qu’il fait suite à une baisse déjà notable du bénéfice net en 2024, alors établi à 5,6 milliards d’euros. Cette chute brutale s’explique par une combinaison de facteurs défavorables : baisse des volumes de vente, perturbations industrielles, inflation des coûts et premières conséquences des droits de douane imposés par les États-Unis.
Le chiffre d’affaires s’effondre lui aussi, avec une diminution de 12,5 % par rapport à la même période l’année précédente. Il atteint désormais 74,3 milliards d’euros, un signal alarmant pour un groupe qui se voulait résilient face aux turbulences économiques et géopolitiques.
Les marchés clés en net repli
La baisse de performance de Stellantis s’observe tout particulièrement sur ses deux marchés majeurs : l’Amérique du Nord et l’Europe. Aux États-Unis, les ventes ont reculé de 25 %, soit une perte de 109 000 unités au deuxième trimestre. Cette chute spectaculaire s’explique principalement par l’introduction de droits de douane punitifs qui rendent certains modèles du groupe moins compétitifs.
En Europe, le repli est plus contenu mais reste significatif : –6 % de volume, ce qui représente 50 000 véhicules en moins. Cette baisse est en partie liée à une gamme en pleine mutation, avec plusieurs modèles en fin de cycle et d’autres attendus pour la fin de l’année 2025. À l’échelle mondiale, le groupe a livré 1,45 million de véhicules, soit une diminution globale de 6 % par rapport à l’an dernier.

Un nouveau patron face à une situation d’urgence
Le départ inattendu de Carlos Tavares fin 2024 a laissé un vide stratégique difficile à combler. Antonio Filosa, désigné pour reprendre le flambeau, doit faire face à une pression colossale. Sa mission : stabiliser un groupe en perte de vitesse, restaurer la confiance des actionnaires et relancer la dynamique industrielle.
Tout juste confirmé par les actionnaires lors de l’assemblée générale, le nouveau PDG doit composer avec une situation de plus en plus critique. Stellantis a d’ailleurs suspendu en avril ses prévisions pour l’ensemble de l’année 2025, signe d’une incertitude profonde. À la Bourse de Milan, l’action du groupe a reculé de 0,76 % ce lundi, traduisant l’inquiétude des investisseurs à l’approche de la publication complète des résultats semestriels, attendue pour le 29 juillet.
Une stratégie multi-marques en difficulté
La stratégie de Stellantis repose depuis sa création sur une architecture à la fois complexe et ambitieuse, combinant les marques historiques de PSA (Peugeot, Citroën, Opel…) et celles de FCA (Fiat, Jeep, Chrysler…). Cette diversité devait assurer une couverture de marché large et des synergies industrielles.
Mais cette promesse semble aujourd’hui en panne. L’unification des plateformes techniques, les économies d’échelle espérées et la rationalisation des gammes n’ont pas produit les effets escomptés. Pire, cette structure complexe semble nuire à la réactivité du groupe face aux évolutions du marché, notamment dans l’électrification et les nouvelles mobilités.
Un modèle menacé par les enjeux globaux
La conjoncture actuelle met à l’épreuve la solidité du modèle Stellantis. D’un côté, les objectifs environnementaux européens imposent des normes de plus en plus strictes en matière de CO₂. De l’autre, les barrières commerciales érigées par les États-Unis viennent perturber l’équilibre fragile des exportations.
À cela s’ajoute la montée en puissance des constructeurs chinois, particulièrement agressifs sur le segment des véhicules électriques, avec des produits à la fois compétitifs et innovants. Face à cette offensive, Stellantis apparaît en retrait, notamment en raison du retard pris sur les nouvelles plateformes électriques.
Une crise sociale en gestation
La situation actuelle commence aussi à inquiéter sur le plan social. Les discussions autour de potentielles fermetures de sites ou de plans de restructuration se multiplient. Les syndicats redoutent des suppressions d’emplois, particulièrement dans les usines européennes du groupe. La direction, pour l’instant, reste évasive sur les contours d’un éventuel plan de redressement plus dur.
Le second semestre 2025 s’annonce donc comme une période charnière pour Stellantis. La publication prochaine des résultats détaillés pourrait apporter davantage de clarté sur l’état de santé réel du groupe, mais aussi sur sa capacité à se réinventer dans un environnement où la résilience seule ne suffit plus. Le défi d’Antonio Filosa est immense : redonner un cap clair et crédible à un géant industriel désormais fragilisé.
