Stellantis mise sur le Maroc et provoque la colère de l’Italie : un bras de fer industriel qui s’intensifie

Stellantis mise sur le Maroc et provoque la colère de l’Italie : un bras de fer industriel qui s’intensifie

L’Italie grince des dents. Une fois encore, elle se sent mise de côté dans la stratégie industrielle de Stellantis. Le constructeur automobile a annoncé un investissement massif de plus d’un milliard d’euros pour renforcer sa présence au Maroc, en particulier sur son site de Kénitra. Si cette nouvelle a été accueillie avec enthousiasme dans le royaume chérifien, elle passe en revanche très mal de l’autre côté de la Méditerranée. Ce choix, perçu comme une nouvelle provocation, alimente les tensions déjà vives entre la direction du groupe et le gouvernement italien.

Stellantis mise tout sur le Maroc

L’usine de Kénitra, inaugurée en 2019, était déjà une pièce maîtresse de la stratégie low-cost de Stellantis. Mais le groupe entend passer à la vitesse supérieure. L’objectif est de faire du Maroc un véritable hub industriel capable de produire, à terme, plus de 500 000 véhicules par an. La plateforme Smart Car, qui servira de base à des modèles comme la Fiat Grande Panda ou la future Citroën C3, sera utilisée sur place, avec des motorisations hybrides destinées à répondre aux normes européennes.

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L’investissement ne se limite pas aux véhicules. Des moteurs et des bornes de recharge seront également produits localement. Le plan prévoit aussi l’embauche de plus de 3000 personnes, une aubaine pour le tissu économique marocain. Et ce n’est que le début : en intégrant les achats de composants et les partenariats locaux, le montant global injecté par Stellantis dans le pays pourrait atteindre les 6 milliards d’euros.

Une décision vécue comme une gifle en Italie

Les réactions en Italie ne se sont pas fait attendre. Pour de nombreux responsables politiques, cet investissement est un nouvel affront à l’égard d’un pays qui, depuis des décennies, soutient généreusement l’industrie automobile par des subventions publiques et des plans d’aide. La Ligue, parti nationaliste, a dénoncé une « décision absurde », pointant le paradoxe d’un constructeur né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler qui tourne ostensiblement le dos à ses racines italiennes.

Même son de cloche chez les libéraux d’Azione, qui rappellent que les promesses faites à l’Italie sont loin d’être concrétisées. Le triplement de la production sur le site de Melfi, par exemple, ou encore le lancement de trois nouveaux modèles Alfa Romeo à Cassino, sont restés jusqu’ici de simples déclarations d’intention. Les faits semblent désormais parler d’eux-mêmes : l’avenir se joue au sud de la Méditerranée, pas dans la péninsule.

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Une fracture stratégique assumée ?

Ce choix d’expansion au Maroc ne relève pas uniquement d’une logique industrielle. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les capacités de production de Stellantis à moindre coût, tout en se rapprochant des marchés émergents africains et en conservant une porte d’entrée privilégiée vers l’Europe.

La compétitivité marocaine, soutenue par des infrastructures modernes et un environnement favorable aux investissements étrangers, contraste avec les rigidités structurelles du marché du travail italien. Pour Carlos Tavares, PDG de Stellantis, la logique est claire : produire plus, pour moins cher, et à un rythme plus rapide.

La promesse du million

À l’horizon 2030, le Maroc pourrait produire jusqu’à un million de véhicules par an pour Stellantis. Cette ambition n’a rien d’anecdotique. Elle fait du royaume une pièce centrale dans l’échiquier mondial du groupe. Le site de Kénitra, déjà spécialisé dans les quadricycles électriques comme la Citroën Ami, va ainsi devenir un centre névralgique pour la production de petites voitures abordables destinées à l’Europe.

Mais ce choix implique des conséquences importantes pour les sites historiques européens. Si le Maroc monte en puissance, c’est que d’autres baissent en régime. Le transfert d’activités vers des pays tiers devient de plus en plus visible, suscitant l’inquiétude des syndicats et des élus en Europe.

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Antonio Filosa sous pression

Nommé à la tête de Stellantis Europe il y a quelques semaines, Antonio Filosa est déjà confronté à une fronde politique et sociale d’envergure. Promu pour apaiser les tensions et redonner à l’Italie une place de choix dans la stratégie du groupe, il doit désormais composer avec cette nouvelle crise de confiance.

Les attentes étaient grandes quant à une relocalisation partielle de certaines activités sur le territoire italien. L’annonce marocaine a douché les espoirs. Filosa devra redoubler d’efforts pour justifier cette orientation à ses interlocuteurs italiens et convaincre que Stellantis n’a pas définitivement tourné le dos à ses racines.

Un tournant révélateur

En misant sur le Maroc, Stellantis affirme son ambition mondiale. Mais il prend aussi le risque de fracturer encore un peu plus ses relations avec les pays européens où son histoire s’est construite. Ce nouveau virage interroge sur l’avenir industriel de l’Europe dans l’automobile, à l’heure où la transition énergétique bouleverse les équilibres traditionnels.

Pour Stellantis, le pari est clair : il faut produire vite, bien, et au meilleur coût. Pour l’Italie, la pilule est amère. Le bras de fer ne fait peut-être que commencer.

Clément

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