Renault en zone de turbulence : patron intérimaire nommé et résultats 2025 revus à la baisse
Coup de théâtre chez Renault. Tandis que le groupe peine à trouver un successeur définitif à Luca de Meo, parti en pleine ascension, il annonce une baisse de ses perspectives financières pour 2025. Une conjonction d’événements qui soulève des inquiétudes sur la stabilité de la marque au losange, pourtant en pleine transformation depuis plusieurs années.
L’après-Luca de Meo s’ouvre sur une période d’incertitude
Le départ de Luca de Meo, architecte du plan Renaulution, laisse Renault dans une situation délicate. Officiellement, aucun successeur n’a été désigné pour lui emboîter le pas. Et pour cause : le contexte actuel du secteur automobile ne pousse pas les grands dirigeants à se bousculer pour reprendre le flambeau. À l’image de Luca de Meo, certains préfèrent aujourd’hui explorer d’autres horizons, en dehors de l’industrie automobile, dont la complexité ne cesse de croître.
Plusieurs noms avaient pourtant circulé pour reprendre les rênes de Renault, notamment Denis Le Vot, directeur général de Dacia, ou Maxime Picat, issu de Stellantis. Mais le constructeur a finalement opté pour une solution provisoire en confiant la direction par intérim à Duncan Minto, actuel directeur financier du groupe.
Un signal fort envoyé au marché

La nomination de Duncan Minto ne tient pas seulement au manque de candidats disponibles. Elle traduit aussi la volonté de Renault de renforcer son pilotage financier à un moment critique. D’autant que les nouvelles prévisions pour 2025 sont loin d’être enthousiasmantes.
Alors que le groupe visait initialement une marge opérationnelle de 7 %, celle-ci est désormais revue à la baisse : 6,5 %. Une première alerte, confirmée par une annonce encore plus significative : le free cash flow, indicateur essentiel de la santé financière de Renault, devrait atteindre seulement 1 milliard d’euros, contre une estimation initiale comprise entre 1,5 et 2 milliards.
Ces chiffres interviennent dans un contexte de ralentissement généralisé du marché automobile, accentué par une pression concurrentielle accrue et la baisse de la demande des particuliers, notamment sur le segment retail. Duncan Minto, désormais à la tête du groupe, n’a pas manqué de souligner l’intensité de cette conjoncture défavorable.
Les moteurs du ralentissement
Renault n’échappe pas à une tendance que connaissent d’autres constructeurs : celle d’un marché en pleine mutation, où les volumes ne suffisent plus à garantir la rentabilité. La stratégie de valorisation du produit, longtemps vantée par Luca de Meo, trouve aujourd’hui ses limites face à la guerre des prix, relancée notamment par les marques chinoises et la pression continue de Tesla.
À cela s’ajoutent des incertitudes géopolitiques et des marchés mondiaux de plus en plus fragmentés. Renault, en se concentrant essentiellement sur l’Europe, a certes limité son exposition aux tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Mais cette stratégie continentale, longtemps présentée comme un avantage, devient un facteur de vulnérabilité en cas de stagnation économique régionale.
Des fondamentaux encore solides
Malgré tout, Renault garde de solides arguments. Le constructeur affirme que ses usines européennes tournent à 90 % de leur capacité, preuve d’une activité encore dynamique. La gestion des stocks reste sous contrôle et la politique de valeur résiduelle est maîtrisée, permettant de limiter les dépréciations à la revente des véhicules.
Autre élément rassurant : l’absence d’une dépendance aux marchés instables. Contrairement à d’autres géants du secteur, Renault ne subit pas de plein fouet les bouleversements du marché américain ou chinois. Cette relative autonomie peut représenter un levier de résilience si l’environnement économique venait à se dégrader plus fortement encore.
Une transition à surveiller de près
Le défi qui attend Renault dans les mois à venir est double. Il faudra à la fois stabiliser les résultats financiers et trouver un dirigeant capable d’insuffler une nouvelle dynamique. Cette période d’intérim pourrait durer si les prétendants au poste ne se manifestent pas rapidement. Le choix du futur patron devra répondre à une équation complexe : maîtriser les enjeux industriels, numériques, environnementaux et financiers dans un secteur où les défis sont de plus en plus transversaux.
Renault n’est pas encore dans la tempête, mais les nuages s’amoncellent. La fin du cycle euphorique impulsé par le plan Renaulution semble actée. Le groupe entre dans une phase de gestion plus prudente, où chaque décision comptera davantage. Le retour à une croissance pérenne passera par une stratégie d’adaptation continue, dans un monde automobile en recomposition permanente.
