Fin du moteur thermique : Kia tacle Mercedes et défend 2035
Le secteur automobile vit une période de turbulences. La perspective de la fin des moteurs thermiques en Europe en 2035 soulève un débat intense parmi les constructeurs. Alors que certains demandent un report, d’autres défendent le calendrier fixé. C’est dans ce contexte que Kia s’est exprimé avec force, en s’opposant à la position de Mercedes qui milite pour une prolongation du thermique. La marque coréenne profite du lancement de son EV4 en Europe pour afficher clairement sa volonté de respecter la trajectoire établie.
Un contexte de tension autour de 2035
La clause de revoyure prévue pour 2026 risque d’attiser les divergences entre les constructeurs. Mercedes, par la voix de son patron Ola Kallenius, a adressé une lettre ouverte à Ursula von der Leyen, soutenue par Schaeffler, afin de plaider pour une survie des moteurs thermiques à haut rendement et des hybrides après 2035. Une démarche qui illustre les difficultés rencontrées par certains acteurs du premium, incapables d’atteindre les objectifs d’électrification annoncés après la crise sanitaire.
Kia adopte une posture radicalement différente. Lors de l’inauguration de la production de l’EV4 en Slovaquie, Marc Hedrich, patron de Kia Europe, a réaffirmé que la marque ne comptait pas dévier de son plan. Selon lui, un retour en arrière coûterait bien trop cher, tant sur le plan industriel que stratégique. Pour Kia, la feuille de route est claire et doit être respectée.
Une pique directe envers Mercedes
Interrogé sur la demande de Mercedes, Marc Hedrich n’a pas hésité à pointer une contradiction flagrante. Il a rappelé qu’Ola Kallenius avait promis il y a quelques années que Mercedes vendrait uniquement des véhicules électriques en Europe à partir de 2030. Un engagement aujourd’hui en décalage avec ses appels à assouplir la réglementation. Cette remarque appuie l’idée que certains constructeurs premium, pris dans des difficultés commerciales et industrielles, cherchent désormais à gagner du temps.
Kia, de son côté, mise sur une électrification progressive et pragmatique. Contrairement à Mercedes, la marque n’a jamais promis une bascule totale dès 2030. Elle préfère avancer par étapes et atteindre les trois quarts de ses ventes en électrique à cette échéance. La marche vers 2035 paraît alors plus accessible, sans revirement stratégique de dernière minute.
Un contraste de stratégie entre l’Allemagne et la Corée
La différence de discours illustre deux réalités bien distinctes. Mercedes doit composer avec une position fragilisée en Chine et des menaces de droits de douane vers les États-Unis. Ces obstacles pèsent lourdement sur sa rentabilité et rendent plus complexe la transition électrique. À l’inverse, Kia s’appuie sur une croissance solide et sur une gamme déjà bien fournie en véhicules à batteries. L’EV4, concurrent direct des Peugeot 308 et Volkswagen Golf, s’inscrit dans cette dynamique.
En Europe, le marché de l’électrique continue de croître, avec une progression de 24 % des immatriculations en 2024 et une part de marché record. Kia en tire profit et consolide ses positions, même si la France reste un point noir. Le constructeur critique la politique nationale, jugée instable, avec des aides à l’achat modifiées trop fréquemment et une visibilité trop réduite pour les consommateurs.
Les enjeux des prochaines négociations
L’échéance du 12 septembre, marquée par des discussions avec Ursula von der Leyen, s’annonce décisive. Le débat promet d’être animé, d’autant que Stellantis avait déjà exprimé son opposition à un report de l’objectif quand Carlos Tavares était encore à la tête du groupe. La position de son successeur, Antonio Filosa, reste incertaine.
Ce contraste entre Kia et Mercedes illustre une fracture grandissante au sein de l’industrie automobile européenne. Tandis que certains défendent le statu quo et veulent accélérer l’électrification, d’autres cherchent à prolonger le thermique pour protéger leur rentabilité immédiate. Pour Kia, chaque recul serait synonyme de pertes massives et de remise en cause de sa stratégie industrielle.
Une bataille d’image et de crédibilité
Au-delà des chiffres et des objectifs, la question touche à l’image des marques. Mercedes, en changeant de cap, donne l’impression d’un constructeur hésitant face aux enjeux climatiques. Kia, au contraire, capitalise sur une communication de fermeté et sur des investissements concrets, qui visent à renforcer sa crédibilité sur le marché européen.
Les prochains mois seront donc cruciaux. L’avenir du moteur thermique en Europe continue de diviser et les prises de parole des grands patrons ajoutent de la tension au débat. Ce duel entre Kia et Mercedes symbolise parfaitement les contradictions d’une industrie en pleine mutation, contrainte d’avancer malgré ses incertitudes.
