Bugatti : un concept oublié de Walter de Silva refait surface après 25 ans de secret
Une pièce oubliée de l’histoire automobile refait surface. Longtemps tenu secret, un prototype signé Walter de Silva, conçu avant la célèbre Bugatti Veyron, est désormais visible au musée Autostadt en Allemagne. Ce concept, que le grand public découvre pour la première fois, aurait pu totalement changer l’image de Bugatti telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Un design qui aurait pu redéfinir Bugatti
À la fin des années 1990, Volkswagen, nouvellement propriétaire de la marque Bugatti, cherche à relancer le constructeur français avec un modèle emblématique. Plusieurs concepts voient le jour : EB 118, EB 218, EB 18/3 Chiron et 18/4 Veyron. Mais en coulisses, un autre projet est en cours. Walter de Silva, alors designer chez Alfa Romeo, imagine une vision alternative de ce que pourrait devenir la nouvelle Bugatti.
Le prototype est développé en 1999. Pourtant, à la différence de ses cousins visibles dans les salons ou dans les jardins du Château Saint Jean à Molsheim, il reste caché. Personne ou presque n’en soupçonne l’existence. Ce n’est qu’une décennie plus tard que le magazine italien Quattroruote en révèle l’existence à travers quelques clichés. Le concept refait enfin surface, plus de vingt ans après sa conception.

Un style audacieux, aux antipodes de la Veyron
Contrairement à la Veyron qui s’imposera ensuite par son élégance fluide et ses lignes puissantes, le prototype de Walter de Silva affiche une silhouette bien plus radicale. Certains éléments rappellent néanmoins les codes de Bugatti : une calandre en fer à cheval modernisée, une ligne latérale en forme de C (ou E, en hommage à Ettore Bugatti), une sortie d’échappement centrale à l’arrière, ainsi qu’une arête centrale bien marquée sur le capot.
Les phares ronds s’inspirent des modèles historiques du début du XXe siècle. Mais leur aspect exagéré donne au véhicule un air presque caricatural. Une audace esthétique qui tranche avec la sobriété raffinée de la Veyron produite dès 2005. D’ailleurs, cette dernière reprendra certaines idées du concept 18/4, mais dans une forme plus aboutie, plus harmonieuse. Avec le recul, ce prototype apparaît comme une exploration brute, audacieuse, mais encore trop expérimentale.
Un moteur W18 hors normes
Au-delà de son design, ce concept cachait un moteur aussi ambitieux que rare : un W18 de 6,3 litres, disposant de trois rangées de six cylindres. Ce bloc avait déjà été présenté dans le concept 18.3 Chiron la même année. Sa complexité technique et son encombrement expliqueront toutefois son abandon. Bugatti optera finalement pour un moteur W16 quadriturbo de 8,0 litres, développant 1 001 chevaux, qui équipera la Veyron de série.
Ce choix s’explique par la volonté d’optimiser les performances tout en assurant une fiabilité compatible avec la production en série. Le W18, trop compliqué à industrialiser, restera un exemple de la démesure technique que Bugatti était prêt à envisager à l’époque.
Une rareté exposée au musée Autostadt

Jusqu’à récemment, les passionnés de la marque n’avaient qu’un vague souvenir ou quelques images éparses de ce concept. Désormais, ils peuvent l’observer de près au musée Autostadt de Wolfsburg, situé à proximité de l’usine Volkswagen. Aucune information n’a été communiquée sur la durée de l’exposition. Il s’agit donc d’une opportunité à saisir pour quiconque souhaite découvrir une pièce unique de l’histoire de Bugatti.
Ce prototype, bien que resté dans l’ombre, raconte une autre trajectoire possible pour la marque. Il incarne une époque de transition, de recherche, de tâtonnements, où plusieurs pistes ont été envisagées pour relancer un constructeur légendaire. Ce n’est pas celle-ci qui a été retenue, mais elle en dit long sur la liberté créative et la richesse des propositions qui circulaient alors chez Volkswagen.
Walter de Silva, un nom qui marque Bugatti
Le designer italien n’en est pas à son seul fait d’armes. Outre ce projet, Walter de Silva a laissé son empreinte sur des modèles iconiques comme l’Alfa Romeo 156, les Audi TT et R8. En 2018, il revient même chez Bugatti pour signer un autre concept resté confidentiel : la T35 Hommage. Une création inspirée des voitures de course d’antan, là encore uniquement destinée à rester à l’état de prototype.
Le projet oublié de 1999 illustre à merveille l’histoire parallèle que l’automobile peut parfois écrire dans le secret des studios de design. Ce que Bugatti aurait pu être, c’est désormais visible, et cela mérite d’être raconté.
